Expression jeune – Le camfranglais : La bataille pour son officialisation

Argot fortement utilisé par les jeunes d’origines diverses, le « camfranglais » milite sans répit pour sa reconnaissance depuis deux décennies. Ses adeptes plus fréquents dans des quartiers populaires de nos villes multiplient des stratégies pour sa plus grande extension comme langue véhiculaire.

 « C’est un instrument de bandit ». Telle est la considération que Parfait  Atangana, un résidant d’un quartier bidonville de Yaoundé accorde au « camfranglais ». C’est dire que cet argot devenu un outil de communication en milieu jeune. Non loin de Parfait, se trouvent Nkol-Ndongo, Mvog-Ada, Kondengui, Ekounou un ruban de de secteurs où le « camfranglais » est chanté et parlé. C’est un instrument prisé pour transmettre des messages même par téléphone arabe. Dans cet espace, Flore  la quarantaine, partage son expérience : « Lorsque je fréquentais le lycée au début des années 2000,  le « camfranglais » était la langue  qu’il fallait parler avec éloquence pour s’affirmer et être accepté  dans un groupe de jeunes.  Au lycée ou au quartier, c’était la langue de l’intégration sociale des personnes scolarisées et de  ceux qui ne l’étaient pas  pouvaient communiquer sans complexe ».

Outre, il permettait  de briser les barrières de classes sociales et de s’exprimer librement.  En effet, il facilitait les rapports entre les élèves nantis et les moins nantis inscrits dans les salles de classe et en dehors. De même, le « camfranglais » libérait  ses locuteurs de contraintes de l’usage  d’un langage châtié  lié à l’inscription et à l’éducation reçue.  Nous pouvons aisément dire  demain « je go gnè les kako  que j’ai falla dans la kam de ma réssé » ou encore, « ma go est un bobo quand le nguémé me hambock je lui tel que je la ndolo et elle qui les do ».

Resté au centre des débats, le « camfranglais » attend encore l’adoubement du pouvoir politique. Il a marre d’être  simplement usé comme un outil qui fédère des personnes de tributs diverses. Jérôme Mebara Nomo lève les équivoques dans le système scolaire : « Ce Créole qui n’a pas encore bénéficié de l’adoubement des politiques ne peut pas être considéré comme une norme et pour nos enfants qui apprennent les langues normées à l’école, il faut que  la différence soit établie  et qu’ils apprennent la norme », relève-t-il avec insistance. La propagation de ce modèle langagier inquiète ce citoyen qui projette l’avenir des élèves. « L’usage fréquent du « camfranflais » par notre jeunesse scolaire peut effectivement influer sur la pratique  correcte des langues officielles qui sont les outils de communication. A l’école, il vaut mieux faire des choses pour communiquer de manière fiable en évitant les interférences », pense Jérôme Mebara Nomo.

Comme une araignée, le « camfranglais » continue à tisser sa toile au sein de la jeunesse camerounaise. Quoi de mieux quand il est utilisé par les structures de télécommunication pour promouvoir des forfaits que la clientèle androïde accourent tant.

Antoine AYMARD LINDJECK/ Journaliste
lavoixdesjeunes.info


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