CHEFFERIE DE GUÉBOBA : POURQUOI L’INTRONISATION DU CHEF TARDE-T-ELLE ?

Au moment où le successeur au chef désigné devrait être présenté à la population, le chef de terre de Bokito dans le Mbam et Inoubou présente un autre candidat le jour de la cérémonie et procède au vote, contrairement aux dispositions du Décret Nᵒ 77/245 du 15 juillet 1977. Le lien de commandement traditionnel transgressé, les chefs traditionnels de l’arrondissement de Bokito dénoncent un complot et appellent à la médiation du MINAT, Atanga Nji.

Depuis que sa majesté Boadé Badang Benoît, ancien chef, a rejoint la terre de ses aïeux, la population de Guéboba  attend avec impatience l’arrivée du nouveau guide. Comme il est de coutume après le décès d’un chef, le conseil de famille de ce village situé dans le département du Mbam et Inoubou, région du Centre, s’est réuni le 30 décembre 2018. Après une longue palabre, le choix a été porté sur Etienne Badang, le fils aîné du disparu. Ce choix s’est fait en présence de la population et de l’équipe des notables du village. Décision acceptée par l’assistance et notifiée aux autorités compétentes.

Seulement, le choix du conseil de famille semble ne pas arranger plus d’un. Une situation qui vient jeter le pavé dans la marre et qui fait bourdonner dans la contrée. Après moult descentes dans les services administratifs de l’arrondissement de Bokito et de la ville de Bafia pour entretien avec les autorités administratives locales, le sous-préfet convoque une assisse à la place du village sous la demande du préfet, afin de présenter le nouveau chef à la population. Contre toute attente, le Sous-préfet de Bokito, maitre de la cérémonie, fait savoir qu’il y a un autre candidat à la tête de la chefferie. Cette nouvelle soulève émoi et étonnement dans la foule qui a répondu présente à l’appel du chef de terre. « Il est venu avec un nouveau candidat ? », s’interroge un natif du village.

Malgré tout, le vote a eu lieu puisque, « imposé par l’autorité ». Deux candidats en lice : Etienne Badang qui a déjà été choisi en conseil de famille comme successeur à son père et Balamba. Selon une source bien introduite, ce dernier « se réclame comme étant un fils éloigné de la famille royale, et donc, potentiellement, successeur ». Pourtant, selon des indiscrétions, ledit « Balamba ne serait pas capable de formuler une phrase en Nùgùnù, langue locale. Le seul lien qu’il a avec ce village, vient de sa mère partie en mariage dans une autre contrée. Il n’est pas reconnu dans la famille royale ».  Selon l’article 8 du Décret de juillet 1977, « les chefs traditionnels sont, en principe, choisis au sein des familles appelées à exercer coutumièrement le commandement traditionnel… ». À la faveur dudit vote, Balamba, n’étant pas reconnu par le conseil de famille comme de sang royale, rempile à la tête de la chefferie avec huit voix sur douze. Les votants étant, les notables du village. Un résultat qui vient, pour les autochtones, confirmer « le flou qui se cache derrière l’initiative du vote ». Les chefs traditionnels de l’arrondissement de Bokito s’opposent au verdict des urnes puisque, témoins des dernières volontés du chef disparu qui « désigne Etienne Badang, son fils ainé comme son successeur ».

Toutefois, le chef choisi par le conseil de famille n’est pas resté inactif face à cette situation. Il a introduit pour ce faire, deux requêtes auprès des autorités ciblées. La première datant du 15 mars 2019, portant « Objection à la désignation du chef de 3ème degré du village Guéboba dans l’arrondissement de Bokito », est adressée au Préfet du Mbam et Inoubou à Bafia. Après enquête, l’ex-préfet Justin Mvondo, en date du 02 avril 2019, fait une adresse au « Sous-préfet de l’Arrondissement de Bokito », l’instruisant « de vouloir bien reprendre les consultations en vue de la désignation du chef de 3ème degré du village Gueboba, afin de rester conforme aux dispositions pertinentes du Décret nᵒ77/245 du 15 juillet 1977 portant organisation des chefferies traditionnelles ». Joseph Djoundja, alors sous-préfet à cette période, gardera cette demande sans suite.

À la suite de son prédécesseur qui avait notifié la révision de la procédure engagée par son sous-préfet, le nouveau Préfet du département du Mbam et Inoubou, Absalom Monono Woloa, selon les natifs de la localité que nous avons approchés, aurait refusé de reprendre, à son tour, les discussions pour procéder à l’intronisation du chef désigné en conseil de famille. Il a plutôt demandé aux autorités traditionnelles locales, d’accepter Balamba, celui qui a gagné par les urnes, comme nouveau chef. Le patron du département a organisé une réunion à la préfecture de Bafia, à laquelle il a convié le sous-préfet de Bokito, le procureur de Bafia, les notables du village entre autres. L’Adjudant-Chef Etienne Badang, le chef désigné en conseil de famille a été informé par les tiers de la tenue d’une telle assise à laquelle il a du moins pris part. Les présents, comme spectateurs d’une scène de monologue dans un amphithéâtre, ce sont « juste contentés d’écouter l’exposé du chef des lieux ». Dans son monologue, la source présente rapporte ces propos du chair man de la cérémonie : « on va alors faire quoi de Balamba qui est aussi un enfant du village. Il faut l’accepter car, il  n’y a pas d’autres choix possible. Il est le prochain chef ». Une autre situation qui va pousser Etienne Badang à introduire la seconde requête, portant « Objection à la désignation du chef de 3ème degré du village Guéboba dans l’arrondissement de Bokito, département du Mbam et Inoubou, région du Centre », le 27 mars 2020, en appelant au regard du ministre de l’administration territoriale.

En attendant, Balamba dit « le milliardaire », semble « déjà jouir d’un certain privilège du titre de chef de Guéboba ». L’Adjudant-chef Etienne Badang, pour être propriétaire de ses droits coutumiers, reste le regard figé sur une éventuelle décision du ministre de l’administration territorial, qui viendra taire les discussions et consacrer le nouveau chef du village.

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