LE PASSÉ COMPOSÉ DE LA FÊTE DE L’UNITÉ en 12 points

Comment est-on arrivé à la République unie du Cameroun ? Petite incursion dans le passé pour tout savoir sur la fête de l’unité nationale célébrée hier au Cameroun. Désormais, la genèse du 20 mai ne sera plus un secret pour vous !

La voix des jeunes
1- 12 juillet 1884, les rois et chefs du territoire nommé Cameroun (situé le long du fleuve Cameroun entre les fleuves Bimbia au nord et Kwakwa au sud) ont signé avec les commerçants allemands le Traité germano-duala. Le14juillet, Nachtigal, consul allemand, hisse le drapeau allemand à Douala. Le Kamerun devient protectorat allemand. Le Traité du 15nov1893 entre l’Allemagne et la G-B, la convention du 15mars1894 entre l’All et la Frce, complétée par l’accord du 18avril1908 ont donné au Cameroun sa forme triangulaire. En1911, à travers l’Accord Franco-allemand du 4nov, les rectifications des frontières du Kamerun aboutissent à l’agrandissement du territoire qui passe de 500.000 à 750.000 km².
2- Après le déclenchement de la Première guerre mondiale en Europe, les forces Alliés commandées par les généraux anglais Charles DOBELL et français Joseph Gandéric AYMÉRICH occupent le Cameroun le 3 août 1914. Très vite, les forces allemandes commandées par le colonel Karl ZIMMERMANN sont battues et s’enfuient en Guinée Équatoriale en décembre 1915. Après la capitulation de Von RABEN à Mora le 18 février 1916, le Kamerun tout entier est occupé par la France et la Grande-Bretagne.

3- Le 4 mars 1916, les deux conquérants, à savoir la France et la Grande Bretagne mirent un terme au condominium et définirent leur territoire respectif. À l’issue du partage, la Grande Bretagne obtint la partie occidentale représentant le 1/5eme du territoire total soit environ 53 000 km2, et le reste revint à la France, c’est-à-dire la partie orientale constituant les 4/5eme du Kamerun, soit environ 425 000 km2. Le 28 juin 1919, ce partage fut entériné par le Traité de Versailles.

4- Le 10 juillet 1919, à travers l’Accord Milner-Simon, le nouveau partage du Kamerun est effectué à Londres. Cet accord augmente un tout petit peu la partie française. Et le 20 juillet 1922, conformément à l’art. 119 du Traité de Versailles et l’art. 22 de son Pacte, la SDN place le Kamerun sous mandat B et confirme l’administration française et britannique sur ce territoire. Contrairement à une opinion largement admise, ce ne sont pas les frontières du partage du 4 mars 1916 qui ont été retenues par la SDN, mais plutôt celles de l’Accord Milner-Simon du 10 juillet 1919. Voilà comment le Cameroun devint territoire sous-mandat (1922-1945 ?) et sous-tutelle (1946….) français et britannique.

5- La partie britannique fut divisée en deux entités: le Northern Cameroon et le Southern Cameroon. Des partis politiques furent créés dans cet espace, notamment le KUNC en 1951, le KNDP en mars 1955 ou le OK en 1957 avec pour but de retrouver leurs frères de l’autre rive du Moungo. Du côté du Cameroun sous tutelle française, l’UPC créé le 10 avril 1948 se fixe comme objectif principal, la réunification des secteurs français et britanniques du Cameroun, puis l’indépendance.


6- Bien que se trouvant sous administration coloniale différente, les leaders de ces partis politiques se rencontrent constamment pour discuter de l’unification des deux parties du Cameroun. À titre d’exemple, le KUNC et l’UPC se sont réunis à Tiko le 22 août 1952 et ont déclaré que « le salut des deux Cameroun était fonction de l’unification ». Finalement, le Cameroun sous tutelle française devint indépendant le 1er janvier 1960 sous l’appellation de République du Cameroun.

7- Pour la partie britannique, des plébiscites y sont organisés les 11 et 12 février 1961 par l’ONU. Les deux Questions posées sont :
Do you wish to achieve independence by joining independent Federation of Nigeria ?
Do you wish to achieve independence by joining the independent Republic of the Cameroon ?
Résultats au Northern Cameroons
Suffrages exprimés en faveur du rattachement à la République du Nigeria: 146.296
Suffrages exprimés en faveur du rattachement à la République du Cameroun: 97.659
Résultats au Southern Cameroons
Suffrages exprimés en faveur du rattachement à la République du Nigeria: 97.741
Suffrages exprimés en faveur du rattachement à la République du Cameroun: 235.571.

8 – Contrairement aux vœux des autorités camerounaises qui voulaient que l’ONU proclame les résultats de façon globale, ce sont des résultats par région qui furent proclamés. Or la prise en compte des souhaits des autorités camerounaises aurait permis le rattachement des deux parties du British Cameroons à la République du Cameroun par 333.230 pour contre 244.037. Les autorités camerounaises ont défendu en vain leurs positions jusqu’en mai1961. Trois mois après, le Northern Cameroons fut officiellement déclaré partie intégrante du Nigeria. Le Southern Cameroons ayant choisi le rattachement à la République du Cameroun devait entamer des négociations avec celle-ci pour la réunification.

9- En vue de la Réunification, les leaders du Southern Cameroons se retrouvent à Bamenda du 26au28juin1961. Ils se rendent ensuite à Foumban du 17au21juillet1961pour discuter avec la délégation de la République du Cameroun. Et en août 1961, une conférence tripartite réunit à Yaoundé les 2 délégations et la Grande Bretagne. Tous se retrouvent le 30septembre1961 au Mountain Hôtel de Buea. Et le 1er octobre1961, la Réunification est proclamée. La République fédérale du Cameroun est née. Un mois plutôt, la loi du 1er septembre 1961 définissait la Constitution du Cameroun fédéral. Le drapeau de la République fédérale est alors Vert-Rouge-Jaune avec 2 étoiles sur la bande verte.

10 – Après la réunification de 1961, le processus d’unification s’est accéléré durant la fédération. Il convient de souligner que déjà en 1958, peu après son investiture comme Premier Ministre, Ahmadou Ahidjo avait déclaré aux représentants de l’ONU au Cameroun, que le premier point de son programme était « de faire d’abord l’unité du Cameroun qui devait s’étendre du Nord au Sud et de l’Est à l’Ouest ». Dès son élection comme président de la République le 5 mai 1960, il martelait à chacune de ses sorties la nécessité d’unification du Cameroun. Et il devait mettre tout en œuvre pour parachever ce projet. L’idée d’un « Grand parti national » est lancée à Maroua en 1960 […]
[…] Deux ans plus tard, lors du IVe Congrès de l’Union camerounaise (UC) à Ebolowa en juin 1962, il déclara que « l’unité politique est la condition de l’unité des esprits, de l’unité des sentiments patriotiques, c’est-à-dire d’une réelle unité nationale », d’où « l’impérieuse nécessité d’un parti national unifié ». Pour empêcher et bloquer toute opposition à son projet d’unification, il avait fait adopter l’ordonnance N° 62/OF/18 du 12 mars 1962 portant répression de la subversion. Ainsi toute opposition à son projet de « parti national unifié » était taxé de subversif et traité comme tel […]
[…] Au cours du Ve congrès de l’UC à Bafoussam en 1965, le Président Ahidjo déclare que « l’Union Camerounaise est le parti missionnaire chargé par l’histoire de notre pays d’enseigner, de propager cette unité ». Les moyens de persuasion et de pression mis en place par le Président de la République lui permettront d’obtenir le « ralliement » des autres formations politiques à l’UC. C’est ainsi que le parti unique (parti national unifié ?) l’Union nationale Camerounaise (UNC) est créé le 1er septembre 1966. L’arrestation du dernier leader de l’UPC en août 1970 et sa condamnation à mort le 15 janvier 1971 est apparue comme le dernier obstacle au projet du président Ahidjo.

11 – Le 6 mai 1972, le président de la République fédérale du Cameroun, Ahmadou AHIDJO annonce à l’Assemblée nationale qu’un référendum allait être organisé pour instituer un État unitaire. Un extrait de ce discours est important pour comprendre les motivations du Président. « …Dans ces conditions où les structures fédérales apparaissent comme un handicap au développement rapide du pays et où en revanche, le peuple camerounais a déjà consacré dans les faits sa profonde unité, ma conviction, mesdames et messieurs les députés, ma profonde conviction est que le moment est venu de dépasser l’organisation fédérale de l’État.[…]
« …J’ai en conséquence, conscient de mes responsabilités, à l’égard de la nation et devant l’histoire, décidé de consulter par référendum le peuple camerounais souverain et maître de son destin sur l’institution immédiate d’un État Unitaire […] Il faut en avoir pleinement conscience, la République Unie du Cameroun –puisqu’il faut l’appeler par son nom- la République unie du Cameroun que je convie la nation à instituer ne sera pas seulement une grande œuvre nationale, elle sera aussi pour le monde un exemple dont nous aurons tout lieu d’être fiers. […]
« …Par la réunification, le peuple camerounais a montré le chemin possible de l’unité africaine ? En instituant demain un État unitaire, bilingue et pluriculturel, il donnera l’exemple qui témoignera que les hommes, s’ils savent transcender la méfiance et les égoïsmes, peuvent cohabiter en paix, dans le respect de leurs particularités et coopérer solidairement à l’édification d’un destin commun […] ».

12- Le 20 mai 1972, le référendum est organisé, et les Camerounais sont invités à répondre à la question suivante : « Approuvez-vous, dans le but de consolider l’unité nationale et accélérer le développement économique, social et culturel de la nation, le projet de constitution instaurant une République unie et indivisible, sous la dénomination de République Unie du Cameroun ? ». Le OUI l’emporte avec 3 326 280 contre 176, soit 99,9%. Ainsi naquit la République unie du Cameroun avec le drapeau VERT-ROUGE-JAUNE avec 1 étoile en Or sur la bande rouge. Et depuis lors, la fête nationale du Cameroun est célébrée ce jour ! Le2 juin1972, la Constitution de la République unie est promulguée.
©️ RamsesBréTSANA
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